REVUE DE PRESSE

Des fruits à gros pépins (Terre Valaisanne octobre 08)

 

Soyez créatifs, nous susurrent à l’oreille nos ministres.  A chaque déculottée paysanne, les voilà qu’ils nous sortent de leur chapeau de magicien, mille et une propositions  pour apaiser nos angoisses existentielles. Curieux par nature, quelques intrépides agriculteurs valaisans ont donc pioché dans ce chapeau miraculeux. Ils en tirèrent l’option du  raisin de table. Mais qu’elle était bonne cette idée. Les Suisse ne sont-ils pas friands de ce fruit délicieux ! Dans une mer de raisins méditerranéens, une minuscule place pour  des fruits indigènes semblait assurément acquise. Aussitôt dit, aussitôt fait. Après avoir choisi un cépage combinant valeur gustative et résistance aux maladies, quelques hectares furent plantés.   Certifiées bios, les grappes étaient appétissantes, les promesses semblaient belles. La réalité a vite fait de rattraper nos valeureux pionniers. On ne dérange pas un marché établi. Pour la Migros, la couleur n’est pas  la bonne, les baies sont trop petites, les pépins sont trop gros.  Un flot de reproches pour éviter d’avouer que le prix est surtout trop suisse. Et c’est ainsi qu’on jeta le bébé avec l’eau du bain.  En snobant  une production  se trouvant  sous leurs fenêtres, le grand distributeur nous rappelle, qu’au delà de quelques slogans racoleurs,  l’éloge du vent est plus facile que la promotion du raisin…de la région »(GC)

Helvetiquement vôtre (Terre valaisanne mai 2008)
Bio Suisse met un peu d’ordre dans ses logos

Bio Suisse vient de proposer un nouveau logo pour les produits indigènes. A force de tirer sur la corde graphique d’un logo délibérément confus, la direction de Bio Suisse collectionnait les cartons rouges. Sa  curieuse interprétation du bilan écologique collait mal aux idéaux d’une caste  plus habituée à faire la leçon qu’à subir les critiques. Faut dire que face à elle se dressait un nombre toujours plus grand de producteurs, de consommateurs et de médias déçus par l’opacité d’un label bio certes, mais si peu local.  Un Côte du Rhône ou une tomate de Sicile vendus avec le logo bio suisse n’avait rien de surprenant.  Dotés d’indiscutables talents de bonimenteurs, les responsables de Bio Suisse vous proposaient, pipe au bec et toupet sur la tête, un authentique pain paysan contenant  plus de 80% de céréales canadiennes.  Qu’importe l’origine du grain,  la flotte et le sel sont, à coup sûr, bien de chez nous. Le reste n’est que détail. Le « chenit » étant, par nature, intraduisible en suisse allemand, la pratique de l’à-peu-près   s’est durablement installée. Plus personne ne réagissait au fait d’associer une ferme bernoise bourgeonnée  à du  saumon irlandais. Les thérapies lourdes étant prohibées en bio, c’est à coup d’acupuncture que les agriculteurs affiliés à Bio Suisse tentèrent de soigner le malade. Au bout de vingt-cinq années de piqûres incessantes, les  stratèges de Bio Suisse durent enfin s’avouer vaincus. Leurs fesses ne supportant plus le statut de coussin à épingle, ils décrétèrent l’armistice. Dorénavant, un logo Bourgeon uniquement réservé aux produits suisses devrait permettre de retrouver un brin de virginité à l’agriculture bio locale. (GC)

Protection du règne végétal : Terre Valaisanne avril 2008

Nous n’effeuillerons plus la marguerite

La fine fleur du monde  scientifique suisse  vient de décréter que les plantes avaient une âme. Ce débat hautement philosophique ravive nos blessures d’adolescents. A quoi pensions-nous en effeuillant les marguerites? Victimes innocentes de nos jeux amoureux, les fleurs  se sont rebiffées. Elles aussi ont droit à leur intégrité corporelle.  La tondeuse à gazon vit ses derniers jours. Ce monstre de métal, génocidaire de pâquerettes, irritera à coup sûr les nombreux défenseurs de l’épanouissement des végétaux. Nos législateurs aiment les défis existentiels. Il est vrai qu’un débat parlementaire concernant la longueur de la queue des cochons avait fait sourire les médias jusqu’au fin fond de la Laponie. Il est si rare que l’on parle de nous. Dorénavant, nous ne pourrons plus étêter une tulipe sans un passage obligé chez le psy. La morale est sauve, la dignité retrouvée. Quant aux gosses qui auraient l’outrecuidance d’utiliser une salade comme un ballon de foot, leur rééducation est programmée. « Respectez les salades, fils de dégénérés. Jouez donc avec un vrai ballon, dixit une honorable banque suisse. Ils sont solides et garantis 100% confectionnés par de petites mains pakistanaises ». Pour ces enfants là,  pas de place pour les états d’âme. Depuis longtemps, ce sont leurs têtes que nous avons coupées du droit élémentaire à vivre leur enfance. Pour l’Euro qui s’annonce, nos pelouses seront donc foulées, que dis-je, effleurées avec délicatesse. Quant aux enfants pakistanais, le risque est faible qu’ils trouvent le temps pour effeuiller la marguerite. Tout est bien qui finit bien.(GC)

Le Valais n’existe pas » Tribune libre NF au sujet de la foire de Paris

 La promotion agricole est un exercice pouvant s’avérer un peu vache.

 Partis pour visiter la foire agricole de Paris, une cinquantaine d’agriculteurs valaisans piaffaient d’impatience à  l’idée de découvrir l’espace Valais et  ses reines conquérantes.  Le premier soir, admettons qu’il était tard.  Les fours à raclette étaient en grève. Il n’y a pas qu’en Iran où l’on se plie, rapidos, aux traditions locales.  

Puis vint le samedi. Le stand fleurait bon la rusticité, que dis-je, la sobriété d’une décoration vouée au culte du vide intégral. « La Suisse n’existe pas » disait Ben à l’expo de Séville. Il aurait aimé la concision du concept valaisan. Egarées parmi les poids lourds du cheptel français, nos quelques vaches et génissons semblaient aussi à l’aise qu’un attroupement  de japonais perdu dans le métro.

Puis vint le dimanche. La fête touchait à  sa fin, le repos des guerriers était proche. Partant du principe que le Français moyen est peut-être analphabète, pourquoi se serait-on encombré  de prospectus voire de panneaux explicatifs sur la présence valaisanne dans la ville des Lumières. Un écran devait suffire pour rassasier la curiosité des visiteurs. La mire était belle certes. Avec un film, l’effet aurait été splendide. Pas de chance. Mais au fond, pourquoi se plaindre du décorum. L’important, c’est la paluche présidentielle. Exercice réussi cinq sur cinq. Les journalistes étaient présents, l’impact médiatique planétaire. Une poignée de main à 80 tickets, c’est cher payé mais tellement fun. Nos génisses  peuvent se rhabiller,  propriétaires  et fonctionnaires s’assoupir  paisiblement jusqu’à la prochaine transhumance. 

Au royaume de l’esbroufe, nous étions bien les reines.(GC)